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La photographier elle

vendredi, 03 avril 2009 | La photographier elle

Celle qui écrit, c'est celle que j'aime. C'est aussi simple. J'aime une femme qui écrit et de la lire ses mots m'entrouvrent :

J'ai fermé les yeux. J'ai entendu les mots de Guillaume à Lou. C'est tout. Et l'accordéon qui pleure.

et ce soir aussi, "le terrain de jeu du diable" de Nan Goldin. J'avais du mal à respirer. Comme là, maintenant. Je pense à cette phrase de Bohringer que je ne dirai pas exacte, elle est trop loin de moi et il est trop tard, il dit quelque chose comme "il y a des fois où je fais comme les poissons. J'ouvre grand la bouche pour respirer".
Il faut que j'aille dormir. Et j'ai peur. "

Et puis en novembre 2007, le vingt-deux :

"les clefs d'une maison que je déserte pour venir clandestine me retrouver en toi - des carnets raturés d'une vie qu'on griffone parce qu'on avance dévorés par la peur de ne jamais la vivre vraiment - des papiers d'identité mais c'est toi qui me mets au monde je cache ce qu'on trimballe avec soi pour garder les pieds au sol croire qu'on peut encore aux yeux des autres donner le change et dire que tout va bien quand le sol s'effondre et qu'il n'y a plus, sous les ruines, que les ruines d'un hier désolé et glissant."

"j'ai fouillé hier soir pour retrouver le petit livre d'elle, L'usage de la vie, acheté le premier décembre 2001, ça devait être un samedi, j'achetais des livres aux bouquinistes du cours jean jaurès avant d'aller en vendre, des neufs et des chers dans des paquets cadeaux. la page 58 est cornée. je l'ai relu trois fois hier soir pour tenter de retrouver pourquoi elle est cornée. qu'est-ce que j'ai lu pour la corner ? je la relis trois fois et je ne sais pas. c'est un tout petit livre de toutes petites pages alors ça doit être ces mots-là mais ces mots-là six ans plus tard ne me font plus rien au ventre : "A quinze ans, c'était mon chemin. Même s'il y avait l'école, la vraie vie, faire quelque chose de sa vie, le travail. Ces questions ont été repoussées. Ma quête était physique à quinze ans. Dix-huit ans, vingt ans, vingt-deux ans. Et puis j'ai mis ça de côté, j'ai voulu écrire."

Je la retrouve le soir, la nuit souvent, des heures après l'avoir lue. C'est par les mots qu'elle écrit, je le sais, par ses mots que j'ai une chance d'approcher ce qu'elle veut, son attente immense qui s'est glissée en travers de sa voix. Je veux regarder mieux, encore apprendre, l'apprendre elle. La photographier elle, endormie nue dans le noir maintenant, pour avoir demain une image d'elle quand elle devra s'en aller.

Le vingt-sept elle écrit :

"elle a près de cinq heures de route.
à peine elle sortait du parking l'A7 au lieu de l'A9 elle se trompait déjà elle avait pas beaucoup mangé et le café tapait dans ses veines les mots qu'elle voulait lui dire cognaient aussi fort pas de musique dans cette voiture merdique alors elle chante, elle chante, elle chante le peu qu'elle connait par coeur, les chansons d'amour. que des chansons d'amour."

Et le trente : 

"Toi repose-toi.
21 heures à peine et c'est comme si minuit une bière et ça valse c'est ce vent qui rend fou vient empêcher le sommeil j'écris un mot en raye trois, j'écris tordu, je fouille, tente de poser, au calme, les mots sur les images. J'ai le bout de mes doigts qui s'ouvre, là, sous les ongles, gerçures et cicatrices des mains tristes sans caresses, tout à l'heure, j'ai crié, failli tomber de l'échelle et j'ai sauté, bousillé le pied gauche, lorsque la librairie a fermé, pas le courage d'écrire, rentrer, prendre les rues désertes à la place des artères, moi qui court sans cesse ce soir je boitais, vieillie, vidée.

26 jours sans pleurer. je vais tracer, prisonnière, des carrés sur les murs blancs. 28 ans. Presque dix ans sans horizon rez-de-chaussées je passais ma main à travers les barreaux pour fermer les volets maintenant je monte quatre étages pour mon bout de ciel pour ma lune mais faudrait lever les yeux les brûler aux étoiles pour ne plus voir en face l'endroit où l'on a aimé."

Et de la lire ses mots m'entrouvrent.

17:07 Publié dans Le sentiment des choses, journal photographique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écriture, apollinaire, livres, chansons d'amour

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