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Le nom de chaque visage

vendredi, 27 mars 2009 | Le nom de chaque visage

Il n'y avait pas de gare à Halabjah, pas de bus si l'on voulait se rendre à Kirkuk ou même jusqu'à Mosul ; c'était un cul-de-sac ; Avec à l'est la frontière Iranienne, si bien que la route n'allait pas plus loin que le bourg, comme si l'on avait fini par arriver au bout du monde. Mais quand même, j'étais prêt à retourner là-bas prendre en photo les obstinés qui s'acharnaient dans les rues ; prêt à refaire le portrait, cinq ans après, de ceux qui étaient revenus pour y vivre, malgré la poussière et l'eau empoisonnées, malgré le nombre des tombes et des fosses communes qui avaient encerclé le village.

J'avais noté les noms de chaque visage sur les anciens clichés, et je voulais découvrir maintenant ce qu'ils étaient devenus. Parce que ce sont nos frères. Si par miracle ils avaient trouvé la paix, celle qu'on peut éprouver en reconstruisant les murs d'une autre maison à partir des décombres de l'ancienne, ou bien s'ils continuaient d'errer de camp en camp au milieu des réfugiés, victimes presque sans forces et sans espoir, habitants d'un épicentre où les violences ne pouvaient pas cesser. Ils l'avaient appris sous les bombes, ils étaient Kurdes et en Irak c'était devenu pire qu'une malédiction, comme ils avaient appris ensuite que les frontières leur resteraient fermées, infranchissables avec femme et enfants.

Photo Emmanuel Smague : The martyred city of Halabjah

10:36 Publié dans Nous, les moins-que-rien, fils ainés de personne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photo, littérature, photographie, récit, photolittérature

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