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Cris d'oiseaux

jeudi, 18 septembre 2008 | Cris d'oiseaux

J'essaye juste d'imaginer un monde sans oiseaux, un ciel vide sans le cri de la buse. Je me souviens de ce printemps où la menace d'une grippe aviaire avait donné l'occasion à l'armée de mettre au point un plan d'action du cauchemar, qui consistait à éradiquer les oiseaux, tous les oiseaux - du gobe-mouche au goëland - du territoire national. Cela ressemblait à un délire, assez proche dans son aveuglement de cette idée qu'après Tchernobyl, les nuages chargés de pluies radioactives avaient pu contourner nos frontières. Le scénario de l'armée consistait par exemple à poster des bataillons aux frontières, chargés d'abattre les oiseaux migrateurs à leur retour d'afrique. Les plages de méditerranée auraient servi de champ de bataille, la Camargue serait vite devenue un charnier et j'imagine les jardins des pavillons le dimanche, ce concert d'armes à feu dès qu'un corbeau aurait l'idée de s'approcher des grillages. Des experts avaient prévu des commandos pour éliminer les cygnes des parcs à l'abri des regards, des bataillons entiers devaient exterminer les canards tout au long de la Loire et du Rhône, bruler la nuit les nids des mésanges dans les haies des jardins. Des cartes recensaient à l'avance les zones de massacre et les terrains de crémation avant de passer en phase 2 de la guerre aux oiseaux. Parce qu'imaginez, une invasion de chenilles en avril puis de sauterelles en juin était déjà évaluée. Il fallait donc augmenter les stocks de pesticides, réquisitionner les agriculteurs et les jardiniers pour l'épandage, détruire les cocons au lance-flamme. Oui. J'essayais juste d'imaginer. La nuit se remplissait de cauchemars quand le silence se mettait à peser, et le cri de l'effraie devenait finalement une berceuse attendue, un chant pour rassurer dans la nuit. La peste annoncée n'est pas venue, elle couve au fond des poulaillers industriels en asie. L'armée a rangé son plan d'action en attendant la prochaine alarme et du coup, vous pouvez rire, j'ai décidé d'élever des merles en secret dans la grange.

10:09 Publié dans Les animaux de personne, bestiaire des chimères | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photo, philosophie, photographie, littérature, photolittérature

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