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La próxima estación

jeudi, 11 septembre 2008 | La próxima estación

Sur ses papiers d'identité, Pepe s'appelle Pedro Serruel, né à Castelar (Argentina) le 11 juillet 1934, et on a continué à parler pendant que la nuit revenait. Lui a vu le train arriver avant l'aube, il s'était levé à cinq heures ce matin pour l'attendre. A partir de sept heures, la foule qui débordait des quais était déjà pleine de colère, sachant que tous avaient perdu encore le salaire d'une journée de travail. Le train a ralenti, le feu a pris dans le dernier wagon pendant que les passagers s'enfuyaient, paniqués. Le conducteur du train est sorti avec un extincteur dans chaque main, en oubliant de verrouiller l'accès à la locomotive. Madame Kirchner n'imagine pas ces trains du petit matin, chargés jusqu'aux toits par ceux qui n'ont pas d'autre choix que de pointer dans les usines de Buenos Aires. Elle ne peut pas éprouver non plus ces relents d'humiliation puis de violence qui viennent à ceux qu'on prend pour du bétail humain, incapables de respirer quand l'air vient à manquer dans le wagon. Ce matin, les voyageurs avaient regardé brûler les trains de la honte sans parvenir à imaginer une autre solution.

Ce soir devait avoir lieu l'avant-première du film de Solanas, « La próxima estación ». Sept rames de trains ont pris feu sur la ligne Sarmiento, dans la localité de Castelar. Le film démasque justement le pillage étatique et privé d'un bien public, les chemins de fer, et la succession d'humiliations et de violences quotidiennes contre les millions de passagers traités comme du bétail. « Les travailleurs qui prennent le train souffrent d'une violation quotidienne de leur droit élémentaire : de voyager pour travailler et pour survivre », raconte Solanas. « Le citoyen le plus modeste, le travailleur, perd le sens des réalités, il est hors de lui, mais vraiment hors de lui, humilié, maltraité. C'est un sujet qu'on se traîne. Ce que nous avons fait est de placer la loupe et de dire à tous ces sourds qu'ils ne fassent plus les idiots. Il y a des juges fédéraux, des législateurs qui sont payés par le peuple pour qu'ils défendent le travailleur et le citoyen qui veut être à l'heure et en sécurité ».

Déjà blessé, au moment de son précédent film, par un commando qui lui tira plusieurs balles dans les jambes, Solanas sait très bien ce qu'il risque avec « La próxima estación ». Il continue de raconter, avec ses documentaires à vif, la vie de ceux qui n'ont plus rien dans l'argentine 2008.

12:27 Publié dans Nous, les moins-que-rien, fils ainés de personne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photo, journal, photographie, littérature, photolittérature

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